Dans le droit, les petits détails ne sont jamais vraiment « petits ». Une virgule, un terme défini ou une formulation légèrement maladroite peut décider si un contrat tient, si une fusion se finalise ou si un dossier d’immigration est accepté. Et dès qu’un document doit fonctionner dans une autre langue, la pression monte d’un cran. La Traduction légale ne consiste pas seulement à traduire des mots : il s’agit de s’assurer que le document reste valable et opérant dans un autre univers juridique.
Et comme les conséquences sont bien réelles, une erreur de traduction peut provoquer des retards coûteux : dépôts refusés, litiges interminables, responsabilité imprévue, voire un accord qui devient inapplicable.
Dans cet article, nous passons en revue les erreurs les plus fréquentes en traduction de documents juridiques — et surtout ce qu’il faut faire à la place, pour éviter d’en payer le prix plus tard.
1. Choisir des mots littéraux plutôt que le sens juridique
L’erreur classique des débutants, c’est de traduire « mot à mot ». En rédaction courante, cela peut parfois passer. En juridique, cela casse souvent le sens. Les termes juridiques sont liés à des définitions et à des procédures précises, et l’équivalent le plus proche dans un dictionnaire peut renvoyer à un concept totalement différent.
Exemple : Prenez l’expression « Prayer for Relief ». Dans un dictionnaire, “prayer” renvoie à la religion. Si on la traduit ainsi, on a l’impression que le demandeur formule une requête spirituelle. Or, dans les actes de procédure, c’est simplement la partie qui indique ce que le déposant demande au juge d’ordonner (dommages-intérêts, injonction, frais, etc.). Traduite littéralement, la formulation peut même semer le doute sur la nature exacte de la demande.
2. Ignorer les différences entre systèmes juridiques
Les notions juridiques ne se “transportent” pas parfaitement d’un pays à l’autre. Les termes et les rôles viennent de systèmes spécifiques — Common Law, droit civil, et procédures locales propres à chaque juridiction. Une erreur fréquente consiste à supposer qu’un concept fonctionne de la même façon partout. Si le traducteur ne maîtrise pas le cadre juridique cible, il risque de choisir un terme qui n’existe pas, ou qui n’a pas la même portée.
Exemple : « Notary Public » est un bon cas d’école. Dans certains pays anglophones, le notary sert surtout à vérifier l’identité et à témoigner des signatures. Dans de nombreux systèmes européens, le notaire/notario est un juriste de haut niveau avec des pouvoirs bien plus étendus. Si vous traduisez pour une autorité européenne en utilisant un équivalent du type « témoin de signature », votre dossier peut être rejeté, simplement parce qu’il manque l’intervention du rôle officiel attendu localement.
3. Considérer la nuance comme facultative
Le langage juridique peut paraître lourd et répétitif, mais ce n’est pas un hasard : il est construit pour éviter les zones grises. Un modificateur mal placé, une conjonction remplacée, et vous déplacez la responsabilité, les délais ou les droits. Les traducteurs peu habitués au juridique essaient parfois de « lisser » le texte pour le rendre plus agréable à lire. Le problème, c’est que ces ajustements de lisibilité peuvent supprimer, sans bruit, des protections dont le texte original dépendait.
Exemple : Dans les contrats, “may” et “shall” ne sont pas interchangeables. “May” indique généralement une permission ou une faculté ; “shall” sert souvent à imposer une obligation. Si un traducteur remplace l’un par l’autre parce que « ça sonne mieux », une clause facultative peut devenir obligatoire — ou l’inverse. Là, on n’est plus dans le style : on touche au fond.
4. Oublier les “petits” détails : sceaux, tampons et en-têtes
Un document juridique, ce n’est pas seulement ses paragraphes. Les tribunaux et les administrations accordent souvent de l’importance à tout ce qui entoure le texte : en-têtes, numéros d’enregistrement, mentions manuscrites, annotations en marge, sceaux et tampons. Une erreur courante consiste à ne traduire que le corps du document en laissant de côté ces éléments. Pour un usage officiel, la traduction peut alors paraître incomplète — voire suspecte.
Exemple : Vous soumettez un acte de naissance pour une demande d’immigration. Le document comporte un tampon pâle au verso, apposé par un registre local. Si la traduction l’ignore parce qu’il est discret ou difficile à lire, l’agent peut refuser le dossier : impossible de confirmer l’autorité émettrice ou l’authenticité de l’enregistrement.
5. S’appuyer sur “l’ami bilingue” ou des profils généralistes
Pour réduire les coûts, certaines entreprises confient la traduction juridique à un collègue bilingue ou à un traducteur généraliste habitué à des contenus non juridiques. Bien parler deux langues aide, bien sûr — mais cela ne remplace pas la compétence juridique. La traduction juridique est un couloir étroit : il faut la langue et assez de compréhension du droit pour saisir ce que fait réellement une clause.
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Exemple : Quelqu’un qui traduit très bien des descriptions de produits peut ne pas connaître les tournures ultra-spécialisées d’un brevet pharmaceutique. Si une définition technique est légèrement fausse — ou si une limitation clé est traduite trop largement — vous pouvez affaiblir votre protection et ouvrir la porte à des contestations. Et dans le pire des cas, vous le découvrez quand un concurrent affirme que la version traduite ne dit pas ce que vous pensiez.
6. Trop se reposer sur l’intelligence artificielle
Les outils de traduction gratuits donnent envie de coller un contrat et de cliquer sur « traduire ». L’IA peut être utile, mais la traduction juridique est un travail très dépendant du contexte, et l’IA choisit souvent le sens le plus courant d’un mot — pas le sens juridique.
Il y a aussi un vrai sujet de confidentialité : téléverser des documents sensibles sur des outils gratuits peut exposer des informations confidentielles, surtout si vous ne savez pas comment les données sont stockées, traitées ou conservées.
Exemple : Les noms peuvent créer des problèmes étonnamment sérieux. Si le nom de famille d’une personne est “Hunter”, un système d’IA peut le traduire comme le nom commun « chasseur ». D’un coup, le contrat traduit ne désigne plus la même “personne” que l’original. Ce n’est pas seulement gênant : cela peut remettre en cause l’identification et rendre le document inutilisable.
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7. Sauter l’étape de contrôle qualité
Même des professional legal translation services très rigoureuses peuvent laisser passer quelque chose. Sur les documents longs, les petites erreurs se cachent facilement : une faute de frappe dans une date, un “not” oublié, un chiffre recopié incorrectement, un terme défini utilisé de manière incohérente. Une grosse erreur consiste à considérer la première version terminée comme finale. Un processus solide inclut une seconde paire d’yeux — souvent appelé le « principe des quatre yeux » — pour qu’un autre relecteur qualifié vérifie la terminologie, les chiffres et la cohérence juridique.
Exemple : Imaginez un accord financier mentionnant un paiement de 1 000 000 $. Si un zéro disparaît et que personne ne le voit, la version traduite peut afficher 100 000 $. Un seul caractère peut créer un écart de 900 000 $, et lorsque quelqu’un s’en rend compte, il peut déjà être trop tard : les signatures sont apposées.
8. Négliger la sécurité des données et la confidentialité
Les documents juridiques contiennent souvent des informations que vous ne voulez pas voir circuler : adresses, numéros de compte, identifiants personnels, secrets commerciaux, conditions de négociation. Une erreur fréquente consiste à envoyer des fichiers via des emails non chiffrés, à les partager via des liens peu sécurisés, ou à travailler avec des prestataires sans règles de confidentialité claires. Une fuite pendant la traduction peut être aussi dommageable qu’une mauvaise traduction.
Exemple : Vous traduisez des documents pour une fusion confidentielle, et le traducteur transfère les fichiers via une adresse email personnelle mal sécurisée. Si le compte est compromis, les informations divulguées peuvent déclencher des rumeurs de marché, des inquiétudes liées au délit d’initié, voire faire capoter l’opération avant même son annonce.
Comment protéger vos documents juridiques contre une mauvaise traduction ?
Le coût d’une traduction juridique ratée est presque toujours bien plus élevé que celui d’un processus sérieux dès le départ. Si vous voulez que vos documents restent exacts et applicables, ces bonnes pratiques font la différence :
- Embauchez des experts certifiés : choisissez des traducteurs formés spécifiquement à la traduction juridique, et pas seulement des personnes “bilingues”.
- Demandez une relecture : privilégiez un flux de travail en plusieurs étapes incluant traduction + révision + relecture par un professionnel qualifié.
- Utilisez des listes terminologiques : partagez un glossaire de référence pour garder la cohérence des termes clés sur vos contrats, dépôts et documents liés.
- Exigez la sécurité : travaillez uniquement avec des prestataires proposant un transfert de fichiers sécurisé et prêts à signer des accords de confidentialité (NDA).
- N’attendez pas la dernière minute : les délais trop serrés augmentent le risque d’erreur humaine, surtout sur des documents longs ou techniques.
Vous avez des documents à faire traduire de façon professionnelle ? Chez Transpose, nous réalisons des traductions certifiées précises, conformes aux normes ISO 17100 et 18587, pour un usage légal, officiel ou réglementaire. Pour un conseil ou un devis, écrivez-nous à trp@transpose.ch ou appelez le +41 22 839 79 79.
